Il y a des rencontres qui n’ont pas le temps de devenir des histoires.

Quelques jours plus tôt, nos enfants avaient commencé à jouer ensemble.

Comme souvent en vacances, ils s’étaient rapprochés très vite.  

Un jour j’aperçois mes enfants dans le gite de cette famille.  « – On leur a proposé de manger avec nous, mais ils n’ont pas voulu par contre ils ont proposé de nous aider à cuisiner !! »

Quelques échanges avec cette maman du Sud. Une complicité qui commençait doucement à naître.

J’invite ma fille à aller porter un petit quelque chose à cette maman pour son apéritif.

Juste ce petit quelque chose qui fait qu’on ne se considère déjà plus tout à fait comme des inconnus.

La maman m’avait prévenu que mon fils passait l’après midi avec eux au lac.

Puis tout a changé. Au retour de cette belle après- midi.

Deux jeunes enfants venaient d’apprendre la mort brutale de leur père rester dans le Sud.

Nous avons vécu ce moment avec eux, là tous les six. Le temps s’est arrêté.

Les mots que nous connaissons paraissent dérisoires fasse au désarroi.

Que dire à une maman sous le choc de la nouvelle ?

Que dire à des enfants qui viennent d’entendre une phrase qui séparera définitivement leur vie en un avant et un après ?

Je n’avais rien à dire.

Je n’ai pas cherché à combler le silence.

Je n’ai pas essayé de trouver une phrase rassurante ou réconfortante. J’ai essayé d’être une présence suffisamment calme au milieu de quelque chose qui ne l’était pas du tout.

J’ai écouté. Nous sommes restés près d’eux, il y avait des choses qu’aucun mot n’aurait pu contenir, mais que les yeux disaient malgré tout. Peut-être parce que certaines blessures nous apprennent, des années plus tard, à reconnaître ce dont l’autre a besoin sans qu’il ait à le demander.

Cette situation m’a rappelé quelque chose de très simple sur la relation d’aide.

Carl Rogers a beaucoup écrit sur la qualité de la rencontre, sur cette façon d’être réellement présent à l’autre.

Accompagner ne signifie pas toujours aider quelqu’un à avancer.

Parfois, il n’y a rien à faire avancer.

Il faut juste pouvoir rester là, quelques instants, auprès d’une personne dont le monde vient de changer brutalement.

Sans chercher à réparer.

Sans chercher à expliquer.

Sans chercher non plus à faire disparaître trop vite ce qui nous met nous-mêmes mal à l’aise.

Cette rencontre aurait pu n’être qu’une rencontre de vacances. Elle n’aura duré que quelques jours.

Mais quelque chose avait déjà eu le temps de se créer.

Le lendemain, ils sont repartis. Avant de partir, ils sont venus nous dire au revoir. Et j’ai compris une fois de plus que certaines rencontres n’ont pas besoin de durer longtemps pour compter.

Je ne sais pas pourquoi certaines personnes entrent dans notre vie à certains moments précis.

Je sais simplement qu’à ce moment-là, j’étais là.

Et parfois, être là, vraiment là, c’est déjà beaucoup.

C’est même parfois tout ce que l’on peut offrir.